Homélie de l’ouverture des portes du Jubilé de la Miséricorde

13 décembre 2015

Textes & homélies

Auxerre 12 décembre 2015 – Sens 13 décembre 2015

 

C’est évidemment la joie qui prédomine dans ces textes du dimanche de Gaudete : « Pousse des cris de joie… Réjouis-toi… de tout ton cœur bondis de joie… Le Seigneur aura en toi sa joie et son allégresse… il exultera pour toi et se réjouira » s’écrie Sophonie. Et Isaïe poursuit : « Exultant de joie… Jubilez, criez de joie… ». Cette succession de cris peut paraître déplacée, hors sujet, hors de l’actualité électorale, écologique ou sécuritaire. Mais saint Paul ajoute : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ». Il ne s’agit donc pas d’une simple joie à laquelle nous sommes appelés et dont nous devons témoigner, mais de la joie… du Seigneur. Et c’est pourquoi Paul insiste : « Je le redis : soyez dans la joie. »

De prime abord, l’évangile ne semble pas s’inscrire dans la droite ligne des premières lectures. Ce sont les foules qui s’adressent à Jean-Baptiste et s’interrogent sur leur vie : « Que devons-nous faire ? » Puis les publicains posent à leur tour cette question : « Maître, que devons-nous faire ? » Et jusqu’aux soldats qui demandent : « Et nous, que devons-nous faire ? ». La réponse du Baptiste est simple : partager, faire son devoir d’état, respecter le prochain, et surtout aucune violence.

Mais une attente subsiste : « Le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ ». Cette question est forte chez les Juifs. Toute leur vie est portée par cette attente d’un Messie de paix qui donnera la joie à son peuple. Cette attente demeure chez eux aujourd’hui.

Et nous ? Quelle est notre attente ? Qu’attendons-nous de la vie ? Qui attendons-nous ? Jean-Baptiste nous rappelle et nous rappellera toujours que nous devons nous aussi attendre le Messie : « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » Il est déjà venu, il vient encore, il viendra de nouveau dans la gloire. Notre vie de chrétien n’a aucun sens si elle n’est pas portée par cette attente du Christ. La voilà la vraie radicalité ! Jean-Baptiste nous demande : ne me regardez pas, ne regardez pas le bout de mon doigt, regardez Celui qu’il désigne, le Christ Jésus. Regarder Celui qui est « le visage de la miséricorde du Père. » Car, le Pape François nous l’a rappelé, « Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier… A travers sa parole, ses gestes, et toute sa personne, Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu. »

Cependant, avant de voir le visage du Christ et donc du Père, au dernier jour, il nous faut franchir des portes. Nous venons, symboliquement, d’en franchir une, sainte, en ce début de Jubilé de la miséricorde. Franchir une porte, c’est franchir une étape. Combien de portes ouvrons-nous chaque jour ? Combien de portes n’ouvrons-nous plus aussi ? Une porte ne se contourne pas. Il faut la passer. Elle marque un dehors et un dedans mais aussi parfois un avant et un après. Elle peut laisser quelqu’un exclu, dehors, ou laisser quelqu’un seul, dedans. La porte peut être celle que l’on prend quand on perd son travail, ou celle que l’on indique pour une visite. La porte peut être celle du pouvoir ou la porte de service. La porte est le lieu où l’on sonne et où l’on attend. Elle devient la porte de secours lors d’un danger ou une porte ouverte qui attire les foules. Parfois la porte n’est qu’entrouverte, pour surveiller le sommeil d’un enfant. Parfois on enfonce des portes ouvertes… Mais le plus grave est de trouver des portes closes ou pire de tenir soi-même porte close pour ne pas être dérangé.

Aussi, cette Année sainte nous invite à ne pas rester entre deux portes ou sur le pas de la porte. Il nous faut sortir vers les autres ou inviter chez soi. C’est ce que le pape appelle une « culture de la rencontre ».

Dans la Bible, la première porte est citée en Gn 4,7 : « le péché est accroupi à ta porte » et signifie qu’il ne faut pas ouvrir sans discernement. Mais l’Apocalypse, en son ultime chapitre, évoque des portes qu’il ne faut pas hésiter à franchir : « Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville. » (Ap 22,14). La Bible commence par une porte à fermer, celle du péché ; elle s’achève par des portes à ouvrir, celles de la vie éternelle.

Entre les deux, il nous reste à faire comme une sorte de porte-à-porte, en entrant chaque fois par la porte étroite, sans arme ni bagage, avec la seule joie au visage et la joie d’être un hôte. Car la porte, saint Jean nous l’apprend, c’est surtout le Christ : il est la porte des brebis. Il nous faut passer par Lui. Car il l’a promis à Pierre : les portes de la mort ne l’emporteront pas sur l’Église.

Alors, comme ces foules qui questionnaient Jean Baptiste : que devons-nous faire ? Dans le diocèse, nous vous proposons de partager avec d’autres à l’aide du livret de la Miséricorde, de renouveler notre style de vie, de lutter contre l’anesthésie de l’âme et la fermeture à toute nouveauté, de participer à une Journée du pardon ou vivre un dialogue pastoral avec un prêtre dans le sacrement de la Réconciliation, de renouer des liens rompus en paroisse, en famille, entre générations ou sensibilités différentes, d’« accueillir ce qu’il y a de bon en toute personne », de tendre la main à ceux qui ont quitté l’Eglise sur la pointe des pieds, de rencontrer des frères d’autres religions, notamment ceux qui croient au Dieu miséricordieux, de réveiller notre conscience face au drame de la pauvreté en construisant plus que nous ne dénonçons, de découvrir des figures de la miséricorde : saint Vincent de Paul, le bienheureux Frédéric Ozanam, la bienheureuse mère Térésa…

Frères et sœurs, la réussite de l’Année sainte ne dépend pas que des autres mais bien d’abord de nous. Pour franchir avec fruits la Porte de la miséricorde, « laissons-nous surprendre par Dieu ». Et n’oublions pas le conseil de saint Paul : « celui qui pratique la miséricorde, qu’il ait le sourire. » (Rm 12,8). Alors, avec la Vierge Marie, « porte du ciel toujours ouverte », nous chanterons d’un cœur nouveau ces paroles du Magnificat : « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge » (Lc 1,50).

 

 

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