Homélie de la messe chrismale – 22 mars 2016

23 mars 2016

Textes & homélies

Mgr Hervé GIRAUD, archevêque de Sens & Auxerre – 22 mars 2016

 

Au cours de cette messe « chrismale », nous consacrons le saint-chrême qui sera utilisé pour les baptêmes, les confirmations et les ordinations. Cette célébration eucharistique est aussi le moment où les prêtres renouvellent solennellement les engagements de leur ordination.

Dans l’évangile, Jésus exprime une vérité constante : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture ». Car ce qu’a dit Jésus hier reste une parole actuelle. Jésus continue par nous aujourd’hui d’annoncer l’évangile aux pauvres. Il continue par nous aujourd’hui d’éclairer, de libérer.

L’an passé, Mgr Yves Patenôtre faisait ses adieux au diocèse. Aujourd’hui encore nous ne vivons pas cette Eucharistie hors actualité, hors-sol, hors des épreuves. Nous prions pour toutes les victimes du mal qui se déchaîne notamment dans le terrorisme qui a encore déversé aujourd’hui son lot de souffrance à Bruxelles. Nous sommes en communion avec nos frères d’Orient et tous les peuples qui vivront ces célébrations pascales dans l’effroi de la guerre ou de la violence.

Dans les dernières semaines, l’Eglise en France a elle-même vécu le réveil douloureux de souffrances anciennes. Beaucoup trop de victimes n’ont jamais pu être écoutées, accompagnées. Elles doivent avoir notre priorité, la priorité de l’écoute. La justice dira quels ont été les manquements et les responsables. Mais les commentaires et les jugements médiatiques se sont exprimés sans retenue, sans pitié, sans miséricorde. Aujourd’hui le mal est fait. La Conférence épiscopale a réaffirmé très clairement ses points de repère. Mais le discrédit, lié aux comportements de quelques-uns, ne doit pas rejaillir sur l’ensemble de l’Église ni sur l’ensemble des prêtres à qui je dis, ce soir, mon estime et, en votre nom, notre reconnaissance pour leur disponibilité et l’engagement de leur vie au service du peuple de Dieu.

En cette première messe chrismale je souhaite donc m’adresser particulièrement aux prêtres, non par cléricalisme, mais par conviction : sans eux, sans leurs conseils je ne peux rien faire ; sans eux vous ne pouvez pas vous sentir guidés par l’unique Pasteur qu’est le Christ. Le Christ lui-même a choisi de vivre sa mission en appelant des apôtres. Si nous voulons être fidèles aux origines de l’Église, fidèles aux sources évangéliques, il nous faut encore et toujours entrer dans l’attitude du Christ : il lit et commente la Parole de Dieu ; il porte la bonne nouvelle aux pauvres ; il nous éclaire quand nous devenons aveugles sur les misères du monde. Nous ne retrouverons un souffle missionnaire et une simplicité évangélique que dans la mesure où nous chercherons à imiter et à suivre le Christ.

L’année de la miséricorde est là pour nous rajeunir dans notre foi. Oui, le Christ lui-même n’a pas voulu continuer seul sa mission. Et il a eu besoin de faire confiance à des hommes ordinaires. Songez à Pierre qui a renié, à Judas qui a trahi, à Jean et à Jacques qui se disputent, à Thomas l’incrédule. Nous ne sommes pas meilleurs que les apôtres. Et pourtant aujourd’hui encore, comme l’a affirmé le Concile, le ministère des prêtres est « important et nécessaire » (PO 11). Cette nécessité ne vient pas du seul besoin de servir des paroisses. Cette nécessité vient du Christ. Les Pères conciliaires ont estimé que « par l’ordination et la mission reçues des évêques, les prêtres sont mis au service du Christ » (PO 1). Ils ne sont pas d’abord au service de l’Église ou au service du monde, ils sont au service du Christ. Ou alors, pour le dire autrement, s’ils sont bien au service de l’Église et du monde, c’est parce que, d’abord, ils ont promis de se laisser, dans leur être même, configurer au Christ « grand prêtre » (He 5,1) et « grand pasteur » (He 13,20). Dans un instant je poserai la question essentielle : « Voulez-vous vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus et chercher à lui ressembler ? »

Chers frères et amis prêtres, le concile Vatican II nous demande de vivre « avec les autres hommes comme des frères ». Les prêtres partagent la même humanité que ceux vers qui ils sont envoyés, mais il leur est demandé une « attitude extrêmement humaine envers tous » en considérant « que les pauvres et les petits leur sont confiés d’une manière spéciale… ». Les prêtres se doivent à tous et pas seulement aux fidèles. Ils ont à célébrer l’Eucharistie, à réconcilier par le sacrement du pardon, à soulager ceux qui souffrent par l’onction des malades. Ils ont à guider et à rassembler la famille de Dieu pour la conduire à Dieu le Père. Cette dimension d’ouverture à tous et même cette dimension universelle fait partie du ministère. Les prêtres doivent dépasser l’Eglise locale « pour embrasser l’Eglise universelle ». Ils doivent avoir l’esprit missionnaire et frayer la route à tous les hommes vers le Christ. Ne vous laissez pas enfermer par votre paroisse ! La Mission de France porte particulièrement ce souci d’aller aussi là où on ne nous attend pas. C’est bien le sens des visites pastorales qui me montrent déjà combien le message évangélique est attendu quand on va vers le terrain de l’autre. En cette année du centenaire de la disparition de Charles de Foucauld, permettez que je fasse place à un de ses disciples : « Quand tu rencontres quelqu’un, ne commence pas par l’attirer sur ton terrain. Tu dois d’abord jouer en déplacement, tu dois rencontrer l’autre sur son terrain. Cherche ce qui le fait vivre, ce dont il aime parler, ce qui le préoccupe, ce qui l’émerveille et pars de cela pour nouer un contact. La réciprocité viendra après. Il te rejoindra sur ton terrain. »

Chers frères et amis prêtres, aucun d’entre vous n’est en mesure d’accomplir sa mission isolément. Il nous est dit encore : « cela doit amener les plus âgés à accueillir les plus jeunes vraiment comme des frères… à essayer de comprendre leur mentalité même si elle est différente… De même, les jeunes sauront respecter l’expérience des anciens, dialoguer avec eux sur les problèmes pastoraux et partager avec joie leur travail. »

Chers frères diacres, nous aurons l’occasion de redéfinir vos missions dans les mois à venir. Vous avez aussi été ordonnés pour servir le Christ en vos frères et sœurs. Montrez-nous le chemin de l’écoute de chacun, même de ceux qui nous ennuient, nous irritent, nous fatiguent ou nous déconcertent. N’oubliez pas qu’il existe dans le diaconat une plénitude propre et que la plénitude du ministère des diacres est structurante pour l’exercice même du ministère des prêtres et des évêques.

Chers frères et sœurs icaunais, dans un instant je consacrerai le saint-chrême. Le chrétien est un être qui est oint, qui est consacré, qui est « christifié » par l’Esprit Saint. Cela exprime notre consécration commune en Christ. Par le baptême, nous devenons des êtres nouveaux. Le saint-chrême nous consacre pour nous donner. A l’inverse de beaucoup de religions qui considèrent la consécration comme une mise à part pour monter sur un piédestal, le saint-chrême fait de nous « ce petit nombre qui soulève la multitude » (Joseph Ratzinger).

Prions donc pour les prêtres qui montrent le Christ Pasteur, prions pour les diacres qui montrent le Christ présent comme celui qui sert. Qu’ensemble nous soyons tous aujourd’hui attachés au Christ : « L’Esprit du Seigneur est sur nous ».

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