Homélie de la messe chrismale

11 avril 2017

Textes & homélies

Mardi saint 11 avril 2017 à la cathédrale de Sens

+ Hervé GIRAUD, archevêque de Sens-Auxerre

         Comme chaque année, nous nous retrouvons, fidèles du Christ, laïcs en mission ecclésiale, religieux, diacres, prêtres, évêque, pour vivre un temps fort diocésain.

         Nous prions en diocèse, en Église diocésaine, héritière du double élan de ces vénérables Eglises de Sens et d’Auxerre.

         Dans un instant, nous bénirons les huiles saintes en pensant aux catéchumènes et aux malades. Nous consacrerons le saint chrême qui servira aux baptêmes et aux confirmations. Nous élargirons notre prière aux pauvres, aux affamés trop oubliés, aux victimes des guerres et attentats (notamment les derniers en date, en Égypte, où le pape doit se rendre dans quelques jours). Nous devons maintenir en nous une inquiétude qui stimule notre charité. Avant hier, l’évêque catholique de Stockholm affirmait que « nous nous rendons toujours davantage compte que nous vivons dans un monde où sévit le mal et combien nous, êtres humains, nous sommes vulnérables » (Mgr Arborelius après l’attentat en Suède le vendredi 7 avril 2017). Certes, le mal s’insinue en nous, au cœur de nos relations, de nos paroles les plus ordinaires, de nos pensées les plus secrètes. Et nous lui donnons trop de prise. Or, il se répand précisément au moment même où nos fragilités sociales et nos incertitudes politiques se révèlent. Il se répand par nos faiblesses ou nos découragements. Aussi, comme nous le rappelle le pape François, ne nous laissons pas ravir notre joie d’être chrétien : « Le démon cherche à nous voler la joie – ce qui est comme nous voler le présent ». Ce serait la pire des choses. Gardons la joie d’être du Christ.

         Ce soir, je voudrais une nouvelle fois parler d’abord aux prêtres du diocèse. Non pour les privilégier ! Mais parce qu’eux et moi sommes bouleversés plus que de raison par notre ministère singulier. Nous écoutons tant de personnes, tant de pécheurs, tant de victimes de toutes sortes de maux, que nous devenons parfois encore plus victimes et pécheurs nous-mêmes. On lit dans le livre d’Isaïe : « Il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes. » (Is 53,12). La 1ère lettre de saint Pierre précise : « Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois… » (1 P 2,24). Comme le Christ, nous, évêques et prêtres, portons souvent le péché d’un autre, parfois de plusieurs, parfois de beaucoup, et parfois aussi celui d’un frère aimé. Nous nous sentons alors petits, pauvres, et pourtant nous sommes avec le Christ, pour Lui et en Lui. Il a été rappelé lors du concile Vatican II que : « Le véritable ministre du Christ est un homme conscient de sa faiblesse » (PO 14). C’est avec cette vive conscience que nous prenons soin de tous ceux qui nous sont confiés, fidèles ou non. C’est pourquoi, dans un instant, nous redirons que nous voulons porter ce monde, avec tous, encore et encore. Et que nous le porterons avec la joie de l’évangile.

         Comme évêque, vous le savez, car je l’ai écrit et je le redis ce soir, j’aime le Christ et j’aime les gens. J’essaie d’en être un humble témoin, notamment dans mes visites pastorales. Mais, ce soir, je tiens à redire particulièrement que j’aime les prêtres, notamment ceux du diocèse et ceux de la Mission de France, car nous sommes tous au service du Christ. Nous sommes tous « totalement consacrés à l’œuvre à laquelle le Seigneur (nous) appelle »  (PO3). Je tiens à leur redire que je leur fais confiance car l’évêque les considère « comme des frères et des amis ». Je tiens à leur dire merci, et surtout votre merci. Non pas parce qu’ils sont parfaits mais parce qu’ils sont à votre service. Comme vous le savez, je viens d’obtenir le soutien de mes frères évêques pour ouvrir la procédure de la cause de béatification de Marie Noël. Elle écrivait : « La sainteté, c’est Dieu qui traverse l’homme. » Dieu traverse notre humanité fragile et vulnérable. Il traverse celle des prêtres. Et quand Dieu nous traverse ainsi, disons-le, il fait mal, non pas du mal, mais mal… comme un amour fait mal parfois parce qu’on attend trop de lui.

         Frères et sœurs, attendez des prêtres ce qu’ils peuvent donner : la grâce même de l’amour de Dieu par les sacrements et surtout le signe du Bon Pasteur. Ce sont aussi vos frères tout autant que vos pères. Priez pour eux et avec eux. Ils portent notre Fraternité blessée.

         Et précisément, cet après-midi, avec prêtres et diacres, je rappelais que le nom propre et premier de l’Église est Fraternité. L’Église doit avoir conscience qu’elle est d’abord une Fraternité, à la fois une communauté de frères et de sœurs, mais aussi vivant de l’amour du Christ et dans un amour réciproque. C’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que d’autres reconnaîtront que nous sommes du Christ, que nous sommes chrétiens. Et si nous devons aujourd’hui parler résolument de Fraternité, ce n’est pas parce que les élections approchent, ce n’est pas parce que ce fut le nom propre de l’Église pendant huit siècles, mais parce que c’est la volonté de Dieu et notre but : aller vers une Fraternité universelle. L’Eglise l’a formulé avec fermeté : « L’effort qui tend à instaurer une fraternité universelle n’est pas vain. » (GS 38). Et notre fraternité « ne doit pas seulement s’exercer dans des actions d’éclat, mais, et avant tout, dans le quotidien de la vie » (GS 38). Elle commence par la Fraternité des prêtres et des diacres. Mais chaque communauté paroissiale doit la vivre. C’est pourquoi nous réfléchirons toute cette année à la manière de créer des petites Fraternités de tous ordres afin d’en débattre lors de notre prochaine Assemblée diocésaine, le 2 décembre. La Fraternité peut et doit irriguer les paroisses, les quartiers, le dialogue interreligieux, l’attention aux malades et aux exclus. Ayons conscience qu’en se faisant homme, le Christ est devenu frère universel : il a pris notre humanité et notre fraternité blessée. C’est pourquoi le Ressuscité dira à Madeleine : « va dire à mes frères ». La résurrection ouvre déjà cette Fraternité vers laquelle nous devons tendre, et de plus en plus, pour les siècles des siècles. Amen.

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