mardi 27 mars 2018

26 mars 2018

Diaire

PAROLE DE DIEU

Jean 13,27 Satan entra en lui… 30 Judas sortit aussitôt. Or il faisait nuit… 31 Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié… » 

Lectiomélie : Le diable entraîne vers plus d’obscurité tandis que le Christ nous partage sa lumineuse intériorité.

20180327 Judas

AGENDA

* Rencontre du vicaire général et de l’économe.

* Conseil épiscopal.

* Rencontre des prêtres, des diacres et de leurs épouses, des séminaristes.

* Messe chrismale à la cathédrale d’Auxerre.

20180327 Cathédrale Messe chrismaleHomélie de la messe chrismale

         « Jésus Christ, le premier-né des morts» Ap 1,5. C’est une étrange expression qui vient d’être employée par l’apôtre Jean ! Trois faits me viennent à l’esprit en l’entendant.

         Cette expression m’a rappelé le témoignage d’une enseignante, lors d’une visite pastorale : elle me disait sa préoccupation de l’angoisse des enfants de sa classe devant la mort. Et elle remarquait que plus personne ne leur en parlait, sauf une catéchiste, et à de trop rares enfants.

         Autre événement : la semaine dernière à Lourdes, nous nous sommes interrogés sur la fin de vie, sur les soins palliatifs, l’euthanasie, la vieillesse, sur la notion de « dignité »… et le texte voté par chacun des 118 évêques – unanimité éloquente ! – indiquait bien notre ferme volonté de nous opposer éthiquement à toute légalisation d’une assistance médicale au suicide et à l’euthanasie. Notre propos visait un sursaut de conscience. Mais la mort en elle-même n’a pas été évoquée.

         Et puis il y a eu ce gendarme, vendredi dernier, dont la France entière admire l’héroïsme. Il a donné sa vie pour une inconnue. Il allait bientôt se marier religieusement… et il a préféré le risque de la mort pour une autre femme qu’il ne connaissait pas ! Quelle est la force d’âme, quelle est la préparation intérieure qui lui aura permis un tel réflexe ? Sa vie, consacrée à son prochain, l’a conduit vers la mort ; sa mort, pour son prochain, a résumé sa vie. Cet homme a donné l’image de ce que Jésus a vécu pour tous les inconnus d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

         Ces trois faits récents révèlent nos difficultés quand paraît la mort. Le maire de Trèbes ne disait-il pas dans une formule saisissante : « Tous ont vu la mort dans les yeux ». Ne peut-on la voir que lorsqu’elle se dessine au plus près ? Est-il encore possible de la questionner, comme Jésus lui-même l’a fait ? N’est-ce pas l’événement qui surviendra dans nos vies de la façon la plus inévitable mais dont nous souhaitons le plus éviter de parler ? Reconnaissons qu’il est difficile de parler de la mort. Personne n’en a envie : ni en famille, ni même parfois lors de la perte d’un être cher. Or, comme l’indique la déclaration de notre Conférence épiscopale, « chacun doit pouvoir y réfléchir le plus sereinement possible ». Entre le mutisme de notre société, et parfois aussi de notre Église – peut-être en raison d’une certaine inflation sur ce sujet par le passé – plus personne ne parle de l’après mort.

         Alors comment la voir en face ? Comment parler de la mort sans l’avoir vécue ? Comment en parler avec justesse ? avec pudeur ? avec respect ? « sereinement » ? et avec qui ?

         En cette semaine sainte, je vous invite donc particulièrement à regarder Jésus face à sa mort. Il a affronté les menaces. Il a fui quand des Juifs ramassèrent des pierres pour les lui jeter. Il a senti son âme se bouleverser à l’approche de son heure. Il a aussi ressenti « tristesse et angoisse » (Mt 26,37). Son âme est même devenue « triste à en mourir » (Mt 26,38). Il a alors demandé à Dieu d’échapper à cette heure, avant d’y consentir : « non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux… » (Mt 26,39).

         Certes nous croyons en la résurrection du Christ. Mais gardons-nous de passer trop vite à la résurrection. En effet, celle-ci n’enlève pas le scandale de la mort. Elle peut même le rendre plus obscur. La résurrection n’éclaire pas nos ténèbres, elle nous plonge encore plus profondément dans leur obscurité pour mieux la dissiper totalement. La résurrection finale détruira toute ténèbre et toute mort. La résurrection ne doit donc pas nous faire oublier que Jésus a vécu une vraie mort et non un semblant de mort. Et nous ne devons pas non plus nous habituer à la mort. Ne serait-ce que pour mieux compatir. Jésus a lutté contre la mort et contre sa propre mort. Il n’a pas couru vers elle. Il a su ressentir le risque abyssal d’être totalement abandonné de Dieu, d’être irrémédiablement séparé du Père. Quand Jésus meurt, il s’exprime d’un grand cri. Nous l’avons entendu dimanche dernier lors de la lecture de la Passion selon saint Marc : « Jésus cria d’une voix forte : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15,34). Les mystiques ont interprété ce cri comme la douleur d’un homme qui meurt avec la vive conscience du péché du monde. Son cri est comme un déchirement ; ce cri nous dit aussi que nul ne peut vivre la mort ni la dire raisonnablement. Jésus lui-même n’en dira rien : il montrera seulement ses plaies comme signe de son amour infini.

         Ainsi donc ce moment de vie, ce moment si unique, si mystérieux, et que personne ne vit ni ne vivra de la même manière, ni à notre place, il nous revient de ne pas l’éluder. Il nous revient de le préparer, comme tant d’hommes et de femmes s’y sont préparés par devoir, par leur vie intérieure, et surtout comme Jésus s’y est préparé à travers les événements qu’il a vécus au milieu de nous et jusqu’à sa propre mort qu’il a pressentie.

         La mort est un passage, une compagne non voulue et cependant intime et inséparable au point de n’être pas seulement un terme mais un risque permanent. La mort oblige ainsi paradoxalement à faire un choix de vie. Chaque acte quotidien, et surtout chaque acte d’amour prépare et anticipe la remise de soi entre les mains de Dieu même. Ainsi, nos actes portent un poids d’éternité. La meilleure manière d’apprendre à voir la mort en face c’est d’engager tout notre amour dans chacun de nos actes. C’est par notre don quotidien que notre mort devient mystérieusement un don pour les autres. Une vie donnée pour tous nos frères et sœurs en humanité ne peut être perdue.

         C’est bien ce que les prêtres vont aussi réaffirmer maintenant : chercher à ressembler au Seigneur Jésus, en renonçant à eux-mêmes.

         Que ces jours saints nous fassent tous entrer dans le don du Christ pour une vie que le Seigneur veut nous donner « en abondance ».

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