dimanche 11 novembre 2018

10 novembre 2018

Diaire

PAROLE DE DIEU

Marc 12,41 Jésus s’était assis dans le Temple… et regardait… 44 « Elle a mis tout ce qu’elle possédait. » 

Lectiomélie : Prenons le temps d’observer avec attention la vie quotidienne : nous contemplerons alors de très beaux gestes… peu médiatisés.

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* Messe à la cathédrale d’Auxerre pour le centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918.

Homélie du 100ème anniversaire de l’armistice

 

Mc 12,43 Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. 44 Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

 

         « Mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. » (Lc 12,44). Dans cette page d’Evangile que nous venons d’entendre, Jésus voit dans le don d’une « pauvre veuve » l’annonce de son don total. Car il ne pourra pas moins faire : elle donne tout… il donnera tout, il se donnera. Jésus a su admirer les dons les plus humbles. Il a vu ceux et celles qu’on ne voit pas, les inconnus. Et il nous invite ainsi à imiter des personnes non parce qu’elles sont connues mais parce que leur attitude est admirable.

         Cette attention au don de chacun ne pouvait être mieux rappelée qu’en ce jour de célébration de l’armistice qui mit fin à la Première Guerre mondiale. Pendant ce conflit, ce sont des centaines de milliers de soldats inconnus, d’hommes et de femmes inconnus qui ont su donner sur leur indigence, et jusqu’à leur vie. Ils n’ont pas demandé de reconnaissance mais pourtant nous la leur devons. Et il faut se réjouir que, passant au-delà du miroir des chiffres et de la tactique militaire ou politique, l’histoire fasse désormais place au témoignage de ceux qui vécurent ces « temps fous ».

         En employant cette expression de « temps fous », j’emprunte précisément les mots d’un de ces témoins qui nous est plus particulièrement proche, notre payse Marie Noël. Patriote elle admira d’abord les soldats, tous les soldats. Elle écrit ainsi à son parrain, Raphaël Périé : « Comme c’est beau chez tous ces hommes, cet oubli complet de soi-même dans le sacrifice et pour la grande tâche ! » « Ils nous ont sauvé, ils ont peut-être sauvé la France ! Comprenez-vous alors que le meilleur de nos respects, de nos piétés, de nos tendresses entourent et caressent presque matériellement nos chers morts ?… Cette victoire a été bien dure, si dure que notre triomphe est plein de tristesse. Je ne peux pas m’empêcher de penser aussi aux femmes d’Allemagne dont chacune avait à la bataille comme nous autres, l’une un précieux garçon, l’autre un bien-aimé. » (p. 39)

         Car Marie Noël ne méconnaît pas l’horreur indescriptible de cette guerre effroyable. Patriote et religieuse, elle mesure que ses soucis « ne comptent pas à côté du malheur des autres ». Les « effusions de son sentiment chrétien lui font dire » : « Nous avons ici tant de malheureux, tant de tristesse ! » (p. 38) ; «Nous sommes dans l’angoisse » ; « C’est la guerre ! C’est le temps où beaucoup perdront ce qu’ils ont de plus cher et demeureront seuls… La haine et la violence ne sont que des faiseurs de ténèbres ».

         Alors elle a parfois honte d’avoir une vie tranquille. Mais elle offre ses larmes comme la plus belle des charités. Et peu à peu elle le reconnaît : « La guerre ? On l’endure, on n’en parle pas. L’essentiel est de faire pendant ce temps là, chacun son ouvrage. Le soldat se bat, le paysan cultive la terre, la nourrice chante son nourrisson et moi, le mien. » (p. 115). Son ouvrage est un devoir : assister aux enterrements de soldats, se dévouer aux blessés, sans céder à l’indifférence, sans s’habituer à l’horreur : « À quoi ne se fait-on pas ? » s’interroge-t-elle avant de constater que, comme civils, « Nous souffrons nous, le cœur serré, l’esprit inquiet, d’une impuissante pitié douloureuse. » (p.145).

         Sa prière de catholique se fait méditation biblique puis, du livre des Lamentations, elle revient régulièrement au chapelet : une prière « pour le général en chef, une pour les soldats, une pour le petit d’une telle, une pour le mari de telle autre, une pour les blessés, une pour les morts, une pour la victoire, et pour finir, une pour les Allemands afin qu’ils se convertissent. » (p.148)

         Comme Marie Noël, nous mesurons combien nos compatriotes ont donné pendant ces « temps fous », combien l’humanité tout entière a pu chercher à s’anéantir : cette guerre fut l’une des plus meurtrières avec plus de 15 millions de morts. Chaque village de France en garde la marque monumentale ; la mémoire de nombre de familles en reste marquée ; son influence dans le temps dépasse le simple fait commémoratif et paraît loin d’être éteinte. C’est au nom de cette mémoire qu’il nous faut, à notre tour, faire notre devoir. Car même un temps de paix peut être un temps fou si nous ne construisons pas cette paix chaque jour en nous et autour de nous. La paix n’est pas seulement celle à laquelle on aspire en temps de guerre ; elle est celle que l’on construit jour après jour. Et, jamais acquise une fois pour toutes, elle est sans cesse à promouvoir : « C’est pourquoi, accomplissant la vérité dans la charité (Ep 4, 15), tous les chrétiens sont appelés avec insistance à se joindre aux hommes véritablement pacifiques pour implorer et instaurer la paix. » Car « l’avènement de la paix exige de chacun le constant contrôle de ses passions et la vigilance de l’autorité légitime. » (GS 78). La paix demeure donc aujourd’hui un combat, un combat d’abord pacifique puisque, très simplement, « La paix dont nous parlons ne peut s’obtenir sur terre sans la sauvegarde du bien des personnes, ni sans la libre et confiante communication entre les hommes des richesses de leur esprit et de leurs facultés créatrices. » (GS 78).

                                  

         Que ce combat de la paix, qui est le nôtre, commence ce matin dans la prière et la conversion du cœur, afin que, selon l’expression du psalmiste,  « Justice et paix s’embrassent ». Pour que le sacrifice de « ceux de 14 » ne soit pas vain, il nous revient d’œuvrer quotidiennement pour que la paix règne et que grandisse réellement la justice. Nous savons notamment, puisque saint Paul VI l’affirmait déjà en son temps, que « le développement est le nouveau nom de la paix ». Et nous pouvons tout aussi providentiellement confier notre prière à l’intercession de saint Martin que l’Eglise célèbre également en ce jour. Car la paix terrestre naît de l’amour du prochain dont saint Martin fut un bel exemple. Comme la veuve de l’Évangile, il a tout donné en donnant la moitié de son manteau, c’est à dire tout ce qui lui appartenait. Pour nous chrétiens, la paix a un nom car « Le Christ est notre paix » : Il nous donne la paix ; Il nous donne sa paix ; il est bien, comme Fils de Dieu, ce Prince de la Paix qui a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa croix. Alors, chers frères et sœurs, « que, dans vos cœurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez – nous avons – été appelés. » (Col 3,15).

Mgr Hervé Giraud, archevêque de Sens-Auxerre

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