samedi 20 avril 2019

19 avril 2019

Diaire

 

Samedi Saint

Le corps du Fils mort est déposé.

Le Père se tait comme le Fils.

Entrons dans le silence de Dieu.

Gisant

AGENDA

* Messe à la prison. de Joux-la-Ville.

* Messe à la Maison d’arrêt d’Auxerre.

* Veillée pascale à la cathédrale d’Auxerre.

 

 20190420 Cierge pascal

Messe de Pâques 2019 – Homélie  

 

            « Il est ressuscité » (Lc 24,6). Tel est le cœur de la foi chrétienne. Telle est la foi dans laquelle les catéchumènes sont baptisés. Telle est la foi que l’Église précisera aux cours des premiers siècles : « le troisième jour est ressuscité des morts… je crois à la résurrection de la chair. »

            Nous sommes face à une surprenante émotion mondiale suscitée par l’incendie et le projet de reconstruction de Notre-Dame de Paris ; nous sommes mutuellement confrontés à des défis planétaires, comme le réchauffement climatique, les crises sociales ou migratoires : au-milieu de ces tribulations, comment croire à la résurrection du Christ ? Comment envisager la résurrection sans la restreindre à une simple expression, comme on « ressuscite » après une épreuve ou une maladie ?

            Nous pourrions déjà faire une simple constatation. Ces jours-ci, des mots ressuscitent : bâtisseurs, histoire, mémoire, patrimoine… des noms ressuscitent : Viollet-le-Duc, Victor Hugo, Paul Claudel, Charles Péguy… des lieux ressuscitent : de nombreuses églises sont rénovées dans la France entière… des histoires ressuscitent : le 12ème siècle et ce beau Moyen-Âge, le 19ème siècle et son rapport passionnel à l’histoire… des verbes ressuscitent : sauver, sauvegarder, bâtir, reconstruire…

            Mais la résurrection de Jésus, celle que nous fêtons à Pâques, est d’un tout autre ordre. « Il est ressuscité » (Lc 24,6) ! Que signifie cette certitude exprimée par des hommes « en habit éblouissant » dans notre Évangile ?

            Le peuple juif a progressivement changé sa manière de croire en Dieu, en la vie, en la rétribution de ses actes. Ben Sira témoignait d’une mort inévitable et dont la seule rétribution envisageable ne pouvait avoir lieu que durant l’existence elle-même. Le seul horizon de la vie de foi, c’était la simple existence humaine comme celle que beaucoup mènent aujourd’hui. Très longtemps on continuera de croire, mais sans perspective, avec un horizon barré par la mort. Puis vint la pensée d’une résurrection personnelle, d’une résurrection de la chair. Au 2ème siècle avant Jésus Christ, le livre de Daniel commence à envisager la résurrection pour la fin des temps. Enfin, avec le livre des Maccabées et la prise de conscience que les martyrs doivent être récompensés et retrouver un corps, la résurrection s’identifie à une vie intarissable pour les justes. Jésus naît dans ce contexte d’une espérance qui se situe au-delà de l’histoire. Marthe, lors du décès de son frère Lazare, témoigne de cette foi : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » (Jn 11,24). Mais la réponse que lui donne Jésus change tout : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra… » (Jn 11,25).

            Il s’agit donc désormais d’adhérer à sa personne : il convient de le confesser comme Christ, comme le Vivant : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? » (Lc 24,5) Nous n’allons plus vers la résurrection, c’est le Ressuscité qui vient vers nous. Le changement est radical : la résurrection n’est plus un événement final, mais une personne réelle, Jésus lui-même, le crucifié ressuscité. Ce qui s’est passé sur la croix, provoquant la nuit la plus ténébreuse de l’histoire de l’humanité, s’illumine invisiblement dans la nuit de Pâques dont seul le Père a le secret. Cette nuit est plus lumineuse que tous les jours que Dieu fait. La victoire sur la mort fut discrète, mais l’amour infini agit toujours ainsi. Dieu seul connaît l’instant où triomphe la vie, car ce qui compte c’est que le Vivant soit avec nous : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20).

            Désormais la résurrection n’est pas seulement une fin espérée, elle est une vie commencée. Elle est une puissance de vie. Saint Paul le proclame dans sa lettre aux Philippiens : « Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection » (Ph 3,10). Plus nous communierons au Christ ressuscité par une prière réelle, fidèle, humble, secrète, silencieuse, plus nous nous engagerons dans l’amour de nos frères aujourd’hui.

            Certes, nous croyons à la récompense eschatologique de nos actes (Cf. Mt 25) mais nous entrons d’abord dans une relation avec le Ressuscité. Nous n’agissons pas pour ressusciter : nous nous engageons plus pleinement et plus consciemment au service de nos frères parce que nous sommes déjà « ressuscités avec le Christ » (Col 3,1).

            Alors, frères et sœurs, en cette nuit pascale, n’oublions ni Notre-Dame de Paris ni les Misérables, ni les incendies extérieurs ni les incendies intérieurs, ni le Crucifié ni le Ressuscité, ni nos petites églises ni l’Église du Christ, ni les souffrances ni l’espérance. Le parvis de Notre-Dame est peut-être recouvert de cendres mais il demeure comme le kilomètre zéro de tous les ronds-points où le Seigneur nous attend pour que le monde vive. « Tout est lié » et nous sommes tous reliés par le Vivant à jamais.

            Le Ressuscité vit et, selon l’expression même du pape François aux jeunes comme à nous tous : « Il vit et il te veut vivant ! » (Christus vivit 1). Il nous veut vivants. Gloire à lui pour les siècles des siècles. Amen Alleluia.

 

+ Hervé GIRAUD

Archevêque de Sens-Auxerre

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